Caprices de Marianne – Suite de la tournée (MAJ)

La production des Caprices de Marianne a achevé sa tournée pour cette saison par un bel accueil du public Avignonais.

Documentaire Making of de la tournée:

Trailer de l’Opéra (réalisé par la web-TV le projecteur)

Interview de Cyrille par la web-TV le projecteur

Interview pour le e-journal Classiquenprovence:

Il a la fraîcheur et l’enthousiasme juvéniles, mais aussi une carrière déjà très prometteuse. Ce sont ces diverses qualités qui ont été saluées par la profession et le public, qui ont consacré le jeune ténor normand Révélation lyrique de l’année aux Victoires 2015 de la musique Classique, en février dernier. Cyrille Dubois incarne Coelio dans les Caprices de Marianne d’Henri Sauguet, le jeune amoureux fou de la belle Marianne. Rencontre avec un artiste enthousiaste, prometteur, au sourire généreux.

-La consécration offerte par les Victoires de la Musique a-t-elle changé quelque chose pour vous ?

-Fondamentalement dans le travail, non. Mais il faut reconnaître que cela offre une visibilité incroyable, sur le service public, et à une heure de grande écoute. On en sort toujours grandi, en terme d’image et de carrière. Depuis, le grand public me connaît un peu plus. Mais j’étais déjà installé dans le paysage musical, et que j’étais déjà connu dans le milieu. J’ai été formé à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Paris, qui est déjà une très belle vitrine.

-Vous aviez déjà été repéré par les professionnels depuis plusieurs années.

-C’était mon 3e passage aux Victoires. La 1e fois, j’avais été malade, je n’avais pas pu me présenter ; la 2e fois, il y a 2 ans, j’étais 4; et cette fois-ci, finalement c’est très bien tombé ; plus tôt, je n’aurais peut-être pas été prêt… J’ai eu cette année une bonne conjoncture. Et il est vrai qu’une Victoire fait plaisir ; cela fait partie du métier, de défendre et promouvoir la musique classique ; si nous, les artistes, ne le faisons pas, qui donc le fera à notre place ?

-Vous avez peut-être plus de demandes d’interviews, de sollicitations médiatiques, maintenant que vous êtes connu du public…

-Si mon nom peut servir d’accroche, j’en suis ravi, surtout pour ces Caprices, une œuvre qui n’attirerait pas nécessairement le public… Et je suis heureux de voir des collègues de grande renommée qui s’intéressent à ce répertoire peu connu.

Les Caprices, dites-vous, l’attireraient pas nécessairement le public. Pourquoi donc ?

-Il y a évidemment l’accroche de la pièce de Musset, que tout le monde connaît ; et on peut avoir le plaisir d’entendre les mots de Musset à travers la musique d’Henri Sauguet. Mais Sauguet a eu le tort d’être toujours entre deux époques, entre deux tendances : il a été considéré comme avant-gardiste à son époque, ou pas assez moderne selon d’autres. A l’époque de Boulez ou Messiaen, qui ont porté un regard nouveau sur la musique savante, Sauguet a toujours été un compositeur « entre les deux », et il l’est toujours resté. Et pourtant c’est un compositeur très intéressant ; il a poussé jusqu’à son paroxysme le travail des compositeurs du début du XXe siècle : les couleurs, les phrases mélodiques dont on peut se souvenir facilement, une orchestration sublime comme Ravel ou Debussy, des couleurs harmoniques… Tout n’est pas égal chez lui, notamment dans cette œuvre, mais on y trouve de petits bijoux touchés par la grâce.

-Votre personnage de Coelio, par exemple, est-il touché par la grâce ?

-C’est un personnage attachant ; sous ses airs falots, gauches, timorés, timides, se cache un garçon d’une grande sensibilité. Il cherche des réponses à travers les livres, il veut vivre les expériences de sa vie à travers les livres, c’est ce qu’on a essayé de traduire dans la mise en scène. Il a besoin de faire vivre son amour pour Marianne à travers les mots d’un autre. Et c’est son ami qui va récolter l’amour de Marianne.

-Un peu comme Cyrano et Christian…

-Oui, on peut toujours trouver des ressemblances ou des échos avec d’autres œuvres. Dans Marianne, ce n’est pas une happy end ; Coelio appelle la mort, et il la trouve.

-On peut considérer que la répartition des tessitures représente bien le schéma classique, avec le ténor comme jeune premier, la basse comme homme mûr, mari ou détenteur de l’autorité… Vous confirmez ?

-Oui, c’est un schéma tout à fait classique. La basse bouffe est le mari, âgé, qui n’est pas aimé ; Marianne essaie bien d’aimer son mari au début, mais elle n’y parviendra pas ; et l’amour alternatif que lui propose Coelio ne lui convient pas non plus.

-Coelio a-t-il quelques beaux airs ?

-Il y a certes quelques passages d’arias dans l’œuvre,  mais on est dans l’optique du parlé-chanté de Ravel et de tout le début du XXe siècle, même si c’est moins poussé qu’en Allemagne par exemple, parce qu’en France on a une grande tradition de mélodie. Mais la prosodie de Sauguet est très réussie, avec une très belle musicalité. Mais pour les chanteurs il n’y a rien de naturel, elle ne se met pas en bouche de façon naturelle, mais pour peu qu’on fasse l’effort d’y entrer, alors on la trouve très belle.

-Quelles sont justement les principales difficultés de votre rôle ?

-Quand j’ai ouvert la partition, j’ai été impressionné. Certes, je connaissais Sauguet, pour avoir déjà enregistré un petit disque. Sauguet avait composé une musique pour Tistou les pouces verts, qu’on avait enregistré avec la Maîtrise de radio-France il y a 2 ou 3 ans. Je connaissais ses mélodies, car je suis un grand amoureux des mélodies. Mais quand j’ai ouvert la partition des Caprices, j’ai été frappé par la difficulté au premier abord de la musique. Sans aller jusqu’au dodécaphonisme, c’est un langage particulier, dont harmoniquement il faut s’imprégner. Et ce sont les couleurs de l’orchestre qui donnent sa pleine mesure à cette musique. Il faut s’approprier ce travail sur la musique. Mais c’est relativement accessible, dans la mesure où c’est un texte français, avec une distribution majoritairement francophone. Mais au début, on compte nos intervalles, nos temps… Et puis on en est à la 15e et 16e représentation, maintenant on commence à mûrir (rire)…

-Cette co-production est une chance formidable pour des jeunes chanteurs : elle vous assure une quarantaine de représentations, c’est exceptionnel dans une carrière !

-C’est fantastique en effet ! On chante avec des orchestres différents, dans des lieux différents, parfois avec une équipe différente, puisqu’il y a deux distributions, certains n’étant pas libres sur toutes les dates des deux saisons. On réinvente le spectacle à chaque fois. C’est notre travail d(‘interprète de trouver toujours un nouveau ressort, de trouver une fraîcheur, une nouveauté dans l’intention et l’interprétation. La durée nous permet de creuser davantage le personnage, elle nous donne une stabilité inespérée ; sans oublier le bonheur de visiter tous les théâtres de France !

-Je crois que les deux distributions ont travaillé ensemble dès le début ?

-Oui, nous avons eu un mois et demi de travail à Reims tous ensemble ; c’était très stimulant. Chaque distribution a sa propre personnalité.

-Mais ce ne sont pas deux blocs immuables ; il arrive sans doute qu’elles ne changent qu’en partie ?

-Oui, et à chaque fois cela apporte un regard neuf, chacun apporte un regard différent sur son personnage.

-Vous allez chanter ce week-end avec l’Orchestre d’Avignon. Vous avez déjà fait une répétition ensemble ?

-Oui, hier nous avons eu une 1e scène-orchestre. C’est une musique pour laquelle l’orchestre n’a pas d’a priori, ce qui n’a pas été le cas avec tous les orchestres que nous avons rencontrés.

-Il faut dire que toute la saison dernière était articulée, pour l’Orap, autour de la musique française, créée ou jouée même à Avignon ; il a pu donc se forger une sensibilité assez proche… Et Raymond Duffaut a tracé un « parcours Sauguet » cette année à Avignon, avec d’abord le Quatuor Girard, puis les Caprices,et bientôt le ballet Les Forains

-Même s’il n’y a rien de naturel dans la musique de Sauguet. Il faut la pétrir, la malaxer. A Tours, par exemple, nous avons eu un accueil formidable, parce qu’il y a là-bas, dans l’orchestre, une grande tradition mélodiste. Il faut que les couleurs viennent, se dessinent. L’orchestre d’Avignon a un très beau son de cordes, avec une belle homogénéité.

-Connaissiez-vous déjà la région ?

-J’étais déjà venu il y a quelques années à Avignon, invité par Raymond Duffaut pour une « carte blanche ». Non, en fait c’était à Orange, j’étais avec Julie Fuchs, et deux autres chanteurs, une basse et une mezzo, évidemment, mais je ne sais plus exactement qui… Je suis venu également deux fois à Toulon, en 2014, pour Ariane à Naxos, et pour La Belle Hélène au moment des fêtes.

-C’était bien la magnifique Belle Hélène de Bernard Pisani ?

-Oui, on s’est beaucoup amusés, c’était une très belle production, très joyeuse…

-Et vos projets ?

-Je veux garder du temps pour ma vie familiale. Je veux prendre le temps de me ressourcer, même si je suis un boulimique de travail.

-Votre vécu vous permet aussi d’enrichir votre interprétation.

-Cela assainit la voix, la technique. Mais dans mes projets tout proches, je vais chanter à Bastille le roi Arthus avec Roberto Alagna, oh, un tout petit rôle, mais c’est l’ONP, c’est un peu ma maison, celle qui m’a formé. En 2014 j’étais aussi au festival des Glennsbough, je l’oublie toujours, dans l’Heure espagnole de Ravel. En 2015-2016, ce sera le Turc en Italie à Reims, et Mercutio, de Mozart, au Théâtre des Champs-Elysées, puis Belmonte à Lyon.

-Y a-t-il des rôles qui vous fassent rêver, peut-être pour plus tard ?

-Tous les rôles de Britten (rire), Peter Queens par exemple, mais tous. Je voudrais refaire Melahonis de Britten, mais aussi Gérald de Lakmé. Et puis, dans les rôles que j’attends, que j’aimerais qu’on me propose, mais qui ne viendra peut-être jamais, il y a Roméo, parmi les rôles de rêve… Mais je prends mon temps, je ne veux pas brûler les étapes, je veux garder une certaine polyvalence ; je ne m’interdis pas le baroque, que j’aime, mais il est vrai qu’on ne m’en propose pas beaucoup ; je sais que je suis considéré comme chanteur mozartien, mais j’ai un amour fou et inconditionnel pour le répertoire de notre langue, les mélodies… Je suis français jusqu’au bout des ongles…

-Vous parliez tout à l’heure de l’accessibilité du répertoire français pour les artistes francophones ; il n’est pas certain que ce soit les meilleurs pour ce répertoire…

-On a grandi dans cette langue, on est façonné par elle.

-Oui, mais cette facilité peut justement être un obstacle à une bonne projection de la voix…

-Vous avez raison, je suis choqué de la grande paresse de certains chanteurs français, je ne citerai pas de noms, qui ne font aucun effort de projection. Le français est une belle langue, exigeante, très précise. La compréhension de la langue passe par les consonnes, alors que la ligne mélodique passe par les voyelles. Il faut accepter parfois de couper un peu la ligne de chant pour faire passer les consonnes. Mais la roue tourne, les esthétiques changent. Le challenge de notre génération à nous, jeunes chanteurs, c’est de renouveler, de transmettre l’histoire, et d’attirer les publics. Nous avons une grande mission de service public, et c’est pourquoi  ce qui se passe en ce moment à radio-France m’attriste particulièrement. En tant qu’artiste, je me dois d’être au fait de toutes les grandes problématiques culturelles et musicales de mon époque ; les artistes, et la musique en particulier, doivent tirer vers l’excellence. Et si le nom d’un chanteur a une importance pour attirer le public, tant mieux !

-Voyez-vous autre chose à ajouter ?

-Peut-être justement que les Caprices vont faire l’objet d’une captation par France 3, avec public mardi soir, et sans public mercredi matin ; et que le service public a tourné aussi un documentaire sur les coulisses, tout le travail en amont…L’ensemble sera diffusé après la toute dernière représentation (Limoges, 12 mai 2016 ; peut-être à l’occasion de la fête de la musique 2016, suggérait Raymond Duffaut, NDLR).

-Après Avignon, vous retournerez vous ressourcer en Normandie ?

-D’abord Bastille ; ensuite, oui. J’ai d’ailleurs été fait citoyen d’honneur de la Ville de Ouistreham, Ouistreham-Riva Bella, il faut que je pense à le rajouter dans mon CV.

Propos recueillis par G.ad. au Foyer de l’Opéra Grand Avignon, le 9 avril 2015.

Critiques

« Coelio -Cyrille Dubois, ténor magnifique auréolé d’une récente récompense amplement méritée aux Victoires de la musique classique-, amoureux passionné mais indifférent à Marianne, choisira la mort plutôt que la vie. »

http://www.journalzibeline.fr/critique/un-caprice-des-dieux/

« L’excellent ténor Cyrille Dubois est d’une douceur rêveuse et d’une expressivité touchante, terminant pianissimi des envolées qui se dissolvent dans la musique. « 

http://www.forumopera.com/les-caprices-de-marianne-avignon-gracieuse-melancolie

La production a été à cette occasion enregistrée par France Télévision en vue d’une diffusion de l’Opéra sur France 3 accompagné du reportage effectué pendant toute la production. La date de diffusion sera communiquée ultérieurement.

Prochain Rendez-vous avec cette très belle musique en Octobre à Vichy puis en Décembre à Rouen